Frédéric Mistral à l'honneur du 57ème Salon d'Arles

Publié le 31 Mars 2014

 

 

 

Le thème du 57ème Salon des Santonniers s'est imposé de lui-même en cette année de la commémoration nationale du centième anniversaire  de la disparition de Frédéric Mistral. Santonniers professionnels et amateurs sont invités à présenter leurs créations sur Frédéric Mistral, anciennes ou nouvelles, et aussi pour élargir le sujet sur des personnages ou des scènes propres aux oeuvres poétiques de Mistral. Pour les guider dans ce choix, trois figures sont proposées :

        - Vincent le panieraire et les vanniers de Vallabrègues.

        - Calendau le pêcheur de Cassis;

        - Patron Apian le marinier du poème du Rhône.

 

Frédéric Mistral est représenté à peu prés toujours en âge mur mais il y a des portraits de lui jeune que l'on peut voir entre autres sur le net en faisant une recherche surr images Frédéric Mistral.


Les santonniers sont aussi invités comme d'habitude à présenter d'autres oeuvres de leur choix mais le Salon aimerait particulièrement présenter les créations ou les nouveaux santons réalisés afin de les faire connaitre des 15 000 visiteurs du Salon venus de Provence et de l'étranger car le cloître St Trophime attire de nombreux touristes. Cela est particulièrement possible pour les santonniers présents à la foire aux santons de l'Espace Van Gogh qui a lieu lors  de  l'ouverture du Salon.

Un espace spécial sera réservé au Salon pour mettre en valeur les nouveautés et créations de l'année des santonniers. Il est en effet indispensable de montrer et faire savoir que les santonniers ne sont pas des reproducteurs, des mouleurs, mais de vrais créateurs. Les responsables du salon veulent ainsi valoriser  l’image et la mémoire de ce métier. Des photos de pièces uniques peuvent aussi être exposées.

 

A noter également : 

Concours : Doté de 1000 euros pour les Professionnels et 500 euros pour les Amateurs, obligatoirement sur le thème présenté ci-dessus (Mistral ou un des trois personnages).

 

Foire : Cette 2ème foire aura lieu le week-end des 15 et 16 novembre 2014. 

(plus de précisions dans un prochain article).

 

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                           Mireio, Calendau, Le poème du Rhône.


Au travers de ses trois œuvres principales, Mireio, Calendau, Le poème du Rhône, Frédéric Mistral dont nous commémorons le centenaire de la « despartido » le Salon d'Arles a choisi comme thème de la 57ème édition trois personnages emblématiques qui représentent chacun un métier traditionnel de Provence qui devrait avoir leur place dans nos crèches.

 
 

Les vanniers (paniéraire) de Vallabrègues

 

« VINCENT le paniéraire » de MIREIO

 

Le Rhône fut étroitement associé à la vie de la population, contrainte de supporter ses colères. Mais sa situation géographique exposée à de terribles inondations a permis de nourrir la plaine agricole d’un limon fertile et de multiples bas fonds d’oseraies. Ces derniers appelés aussi « baïsses » allaient fournir une partie des osiers travaillés par les vanniers de l’époque. Déjà établi en corporation dans le pays d’Arles au 13ème siècle, le métier de vannier fut officiellement organisé en France en 1467. Très souvent exercé par des nomades, une déconsidération assez nette se manifestait à l’égard du vannier ; on le considérait comme un bohémien vivant en marge de la société. Mais à Vallabrègues, on ne pratiquait pas uniquement la vannerie ambulante …

C’était une activité artisanale sédentaire importante. Le village eut d’ailleurs l’immense privilège d’avoir été choisi par Frédéric Mistral comme terre d’asile de Vincent, le vannier, amoureux de « Mireille ». Etaient regroupés au village 450 vanniers sur 1818 habitants ! La vie était intense avec théâtre, philharmonique, arènes, cinq cafés, de nombreuses fêtes votives ; une jeunesse grouillante et bruyante y pullulait. Les vanniers de Vallabrègues fabriquaient de nombreux articles pour le foyer, la pêche et surtout, et ce dans le dernier quart du 19ème siècle, de multiples emballages de vannerie (banastes, corbeilles, paniers…) Réclamés par les expéditeurs afin de transporter les marchandises 


 

Extraits de Mireio (chant 1)

 

De-long dóu Rose, entre li pibo                                 Au bord du Rhône, entre les peupliers

E li sauseto de la ribo,                                                et les saulaies de la rive,

En un paure oustaloun pèr l'aigo rousiga                dans une pauvre maisonnette rongée par l’eau,

Un panieraire demouravo,                                         un vannier demeurait,

Qu'emé soun drole pièi passavo                                qui, avec son fils, passait ensuite

De mas en mas, e pedassavo                                      de ferme en ferme, et raccommodait

Li canestello routo e li panié trauca.                        Les corbeilles rompues et les panniers troués.

 

(...)

Vincèn avié sege an pancaro;                                Vincent n’avait pas encore seize ans ;

Mai tant dóu cors que de la caro,                          mais tant de corps que de visage,

Certo, acò 'ro un bèu drole, e di miéus estampa;  c’était, certes, un beau gars, et des mieux découplés,

Emé li gauto proun moureto,                                 aux joues assez brunes,

Se voulès... Mai terro negreto                                 en vérité… mais terre noirâtre

Adus toujour bono seisseto,                                    toujours apporte bon froment,

E sort di rasin negre un vin que fai trepa              et sort raisins noirs qui font danser.

 

 

De quete biais fau que lou vege                                  De quelle manière doit l’osier

E se prepare e se gaubeje,                                            se préparer, se manier,

Éu lou sabié de-founs; noun pas que sus lou fin       lui le savait à fond ; non pas que sur le fin

Travaiejèsse d'ourdinàri:                                             il travaillât d’ordinaire :

Mai de banasto pèr ensàrri                                          mais des mannes à suspendre au dos des bêtes de

                                                                                      somme,

Tout ço qu'i mas es necessàri,                                     tout ce qui aux fermes est nécessaire,

E de rous terreiròu, e de bràvi coufin,                        des terriers roux et des coffins commodes ;

 

 

De panié de cano fendudo,                                  Des paniers de roseaux refendus,

Qu'es tout d'eisino lèu vendudo,                         tous ustensiles de prompte vente,

E d'escoubo de mi,... tout acò, mai bèn mai,      et des balais de millet,… tout cela, et bien plus encore,

Éu lou façounavo à grand dèstre                        il le faisait rapidement,

Bon e poulit, de man de mèstre...                         bon, gracieux, de main de maître…

 

 

 

 CALENDAU

Le pécheur de Cassis

 
 Calendau, publié en 1867. « Le poète Mistral » dans les Lettres de mon moulin, évoque une lecture que Mistral a faite à Alphonse : « les coudes sur la nappe, des larmes dans les yeux, j’écoutais l’histoire du petit pêcheur provençal ». Cette épopée raconte comment le héros Calendal, pêcheur à Cassis, délivre Estérelle du comte Sévéran, capitaine de brigands qu’elle a épousé contre son gré. Pour obtenir Estérelle, Calendal devra tour à tour exceller dans la pêche, l’abattage des arbres, la capture des bandits, la conciliation, ce qui fait que l’on a tôt parlé d’un Hercule provençal. Bien que l’action se situe à la fin du XVIIIème siècle, la facture du poème renouvelle habilement l’amour courtois. « Ce qu’il y a avant tout dans le poème, écrit Daudet, c’est la Provence, — la Provence de la mer, la Provence de la montagne, — avec son histoire, ses moeurs, ses légendes, ses paysages. » La délivrance d’Estérelle par Calendal symbolise avant tout la délivrance de la langue d’oc face à l’uniformisation, la victoire de la vie contre la mort

 


Extrait

 

 

Iéu, d’uno chato enamourado                                    Moi, qui d’une amoureuse jeune fille,

Aro qu’ai dit la mau-parado                                       ait dit maintenant l’infortune,

Cantarai, se Diéu vòu, un enfant de Cassis,              je chanterai, si Dieu veut, un enfant de Cassis,

Un simple pescaire d’anchoio                                    un simple pêcheur d’anchois

Qu’emé soun gàubi e’mé sa voio                               qui par la grâce et la volonté,

Dóu pur amour gagnè li joio,                                     du pur amour conquit les joies,

L’empèri, lou trelus…)                                                l’empire et la splendeur 

(…)

 

 

Prim, souple e fort coume uno anteno,                        Délié souple et fort comme une antenne,

D’age moustravo la vinteno                                          il montrait 20 ans d’âge

O gaire mai : lis iue pèr l’amour treboula,                  ou guère plus ; les yeux troubles d’amour

Mai grand e negre; sus la bouco                                   mais grands et noirs ; sur la bouche

Un pau de bourro coume i souco;                                 une bourre légère comme aux ceps.

Li braio courto emé la blouco                                       Les chausses courtes, avec la boucle

Sus li debas d’estame, e bèn emboutela                        sur les bas d’étaim ; au reste, bien jambé.

(…)

 

 

Pèr uno veto rouginello                                                  Par un bandeau rouge

Crousant sa vèsto de prunello                                        croisant sa veste de prunelle,

Pourtavo uno coucourdo em’un un biéu pendoula       il portait une gourde et une conque pendues

Sus la peitrino, à la vaquiero,                                         sur la poitrine, à la manière des vachers, 

A sa man uno lambrusquiero,                                         à la main un bâton de vigne,

E de si braio à la fauquiero                                             et de ses braies à la ceinture

Dous galant pistoulet de-nòu escrincela                         deux jolis pistolets sculptés nouvellement

 

 

PATRON APIAN,

Le marinier du Poème du Rhône

 Croix de marinier

 

Dès le Moyen-Age, c’est à Arles que s’opérait le transbordement des marchandises des navires de haute mer sur des embarcations fluviales. On remontait le fleuve par halage. Des trains de bateaux étaient tirés par des hommes puis par des chevaux, de douze à trente selon l’importance du convoi. Transitant par le fleuve ou déchargées, les marchandises étaient taxées au bureau du port aménagé dans la première pile du pont d’Avignon.. Au XIIe siècle le trafic était intense : Avignon s’approvisionnait en bois, laine, plantes tinctoriales, cuivre, étain, fer, plomb, chanvre, étoupe, poix, poisson et bétail, tandis qu’elle exportait le fruit de ses industries prospères : blé, cuir, cordes, draps… La batellerie, organisée en corporation de nautes, assurait ces échanges, tandis que les portefaix, surnommés les gagnedeniers en raison de leur maigre salaire, s’activaient au déchargement de ces marchandises. Cette vie du fleuve a été immortalisée par Frédéric Mistral dans Le Poème du Rhône.

 


                     Extrait du poème du Rhône

 

 

Car Meste Apian èu avié l’équipage                Car Maître Apian, lui, avait l’équipage

Lou plus famous de touto la ribièro (…)          le plus fameux de toute la rivière. (…)

Patroun Apian avié per la remounto                Patron Apian avait pour la remonte

Vuetanto bèu chivau a co rougnado                Quatre vingts beaux chevaux à queue rognée

Que n’i avié pas si parrié sus lou Rose             qui n’avaient pas leurs pareils sur le Rhône

E qu’en tirant la maio e la veituro                    et qui, en remorquant la maille et la voiture,

I cop de fouit di baile de la troupo                     aux coups de fouet du baile du halage

E i tron de Diéu di carretié menebre                 et aux jurons des charretiers brutaux

Fasien dou flume estrementi la ribo.                 faisaient trembler le bord du fleuve.

(…)

 

La crous di marinié, tencho de rouge,              La croix des mariniers, teinte en rouge,

Que Mèste Apian, un an que dou gelibre         que Maître Apian, un an ou par la glace

Lis aigo tout l’iver fuguèron presso                  les eaux restèrent prises tout l’hiver

Eu l’avié fustejado à la picosso.                        avait lui-même charpentée à la hache.

(…)

 

Patroun Apian éu-meme sus la poupo             Patron Apian lui même, sur la poupe,

Es au gouvèr que douno l’endrechiero.          est à la barre donnant la direction.

A de long pèu encadento griso                         Il a de longs cheveux en cadenettes grises

Que sus li tempe entrena ié retoumbon,          qui lui retombent tressés sur les tempes

Emé dous grand tourtis d’or que ié  pènjo      et deux grands anneaux d’or qui pendent

A sis auriho. Es aut de fourcaduro                  à ses oreilles. Il est haut d’enfourchure

E, de sis iue lusènt sus chasco barco               et de ses yeux luisants, sur chaque barque,

(…)

 


 

 

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Frédéric Mistral à Maillane avec son chien Pan Panet.

 

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portrait par Félix Auguste Clément, réalisé en 1885.

 

 

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Frédéric Mistral aux Saintes Maries en 1906

 

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Frédéric Mistral en 1893.

 

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Calendau le pêcheur  de Cassis.

 

serrieres01.jpg   Alexandre Dubuisson, La remontée des chevaux sur le Rhône (1843), Huile sur toile, 164×299,5, Musée des Beaux-Arts, Lyon.

 

Croix_de_marinier_19e-da111.png

croix de marinier avec les objets de la Passion du Christ.

 

 

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   Le vannier santon de Lise berger.

 

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Le vannier de Truffier Douzon.

et la présentation d'autres santons sur ce thème à suivre...

Rédigé par Salon International des Santonniers d'Arles sur Rhône.

Publié dans #Information exposition

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jacques 02/04/2014 17:43

merci pour cet article interessant et bien documenté
cette année encore le salon sera des plus passionnants
c'est bien qu'Arles se recentre sur des "fondamentaux"
amicalement
j